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Entretien avec Didier Peyrat (paru dans l'Echo Régional du mercredi 27 février 2008)
Entretien avec Didier Peyrat (paru dans l’Echo Régional du mercredi 27 février 2008)
L'ECHO-RÉGIONAL : - Monsieur Peyrat, vous êtes candidat soutenu par le Parti socialiste, les Verts et le Parti communiste comme tête de liste aux municipales à Pontoise/. Pourquoi ne pas revendiquer plus ouvertement votre étiquette de militant socialiste ?
La réponse est dans votre question. Je suis socialiste, tout le monde le voit, l’entend et le lit depuis ma déclaration de septembre 2007. Ce n’est pas le fruit du hasard si Ségolène Royal est venue me soutenir. Je n’ai pas honte de mes appartenances, moi : je les assume. Mais ma liste n’est pas celle du PS : elle est appuyée par les Verts, le PCF, le PRG et des personnes de la société civile, sans appartenance partisane. Je suis fier d’avoir réussi à rassembler la gauche pontoisienne, dans sa diversité. Mais je dois veiller à deux choses : dire clairement où je me situe, sans rien cacher; être, comme tête de liste, garant d’une démarche unitaire, d’une coalition de forces et d’individus qui attendent que je les représente tous.
L'ECHO-RÉGIONAL : Quelles leçons tirez-vous de l'élection présidentielle, puis de la législative à Pontoise ? Comment ressentez-vous l'état de l'opinion ?
La bulle du sarkozysme a éclaté plus vite que prévu. N’en faisant pas partie, je suis peu éclaboussé. Les Français perçoivent maintenant très mal ce mélange de vulgarité, de sectarisme et d’exhibition indécente des bijoux de famille qui règne au sommet de l’Etat. C’est-à-dire que l'opinion nationale est en train de rejoindre le jugement international. Ce doit être pareil à Pontoise. Mais je ne fais aucun pronostic : les citoyens décideront du message qu’ils voudront envoyer. Ce qui est sûr, bien qu’ils s’en cachent, c’est qu’il y a des dirigeants sarkozystes à Pontoise. Et qu’ils ne sont pas sur ma liste.
L'ECHO-RÉGIONAL : - Certains vous reprochent une campagne plus "politique" que municipale où les problèmes locaux semblent davantage abordés par le maire sortant et la tête de liste du MoDem. C'est une fausse impression, ou bien une stratégie délibérée de votre part ?
Ce reproche est curieux : nous avons été les premiers, le 10 janvier, à publier un document "Vivre ensemble à Pontoise" qui constitue un diagnostic de l’état de la ville, et l’exposé complet de notre projet. De septembre à décembre, notre énergie a été consacré à l’élaboration collective de nos propositions : une douzaine de cercles thématiques ont travaillé, prés d’une centaine de Pontoisiens ont participé à cette réflexion, consacrée à la ville, et qui se traduit par 123 propositions concrètes à mettre en œuvre de 2008 à 2014. De tous ceux en présence, notre projet de ville est le plus précis et le plus consistant.
L'ECHO-RÉGIONAL : - Pouvez-vous nous préciser l'articulation de votre programme ?
L’axe majeur de notre projet : rétablir les équilibres internes à la ville, et l’égalité entre les habitants de tous les quartiers. Nous voulons freiner la spéculation immobilière et développer de vraies réponses au besoin de logement, en stimulant la création de logements intermédiaires. Nous voulons bâtir une "éco-ville". Faire de l’éducation une priorité concrète, pour se donner les moyens de contrer l’échec scolaire. Protéger et relancer le commerce de proximité, notamment dans les quartiers.
Avec nous, Pontoise développera une politique culturelle pour tous, ni élitiste ni passéiste, appuyée sur les artistes résidents dans la ville. Pontoise sera dotée d’une démocratie locale approfondie et permanente, grâce à un réseau de conseils de quartiers rompant l’isolement du conseil municipal et utilisant les compétences citoyennes.
L'ECHO-RÉGIONAL : - Vice-procureur de Pontoise, vous êtes actuellement en disponibilité. Reprendrez-vous un poste de magistrat dans un autre département si vous êtes porté à la mairie ?
Je ne suis plus vice-procureur depuis septembre 2007. Si je suis maire, je n’aurais aucun autre mandat politique. En revanche, parce qu’il faut bien vivre, mes trois enfants étant encore scolarisés, et cotiser pour sa retraite, je reprendrai un poste de magistrat à mi-temps dans un département voisin. A ce sujet, je ne serai pas hostile à ce que toutes les têtes de liste rendent public leurs revenus et leur patrimoine.
L'ECHO-RÉGIONAL : - On a murmuré que de la zizanie parmi des membres de votre liste était à l'origine du dépôt pas très rapide de votre candidature en préfecture. Vous confirmez ?
Ce genre de rumeurs fait partie des petits côtés d’une campagne. Il y a des gens dont c’est l’activité principale de les lancer, de les entretenir, de les grossir. La vérité, c’est que notre liste est bouclée depuis le 5 janvier, publiée depuis le 10 janvier, et déposée, au moment de notre choix, largement avant la fin du délai légal. Prés de 60 personnes avaient donné leur accord pour en être et, si j’ai eu un problème, ça été de faire un choix difficile entre des compétences et des personnes, toutes estimables.
L'ECHO-RÉGIONAL : - Votre opposition à Philippe Houillon est-elle purement politique, ou bien traduit-elle aussi la vieille inimitié entre magistrats et avocats ?
Ceux qui m’ont vu travailler au tribunal savent que je suis complètement étranger à la "vieille inimitié entre magistrats et avocats" que vous évoquez. C’est Philippe Houillon qui, dans un premier temps, a réagi vivement à l’annonce de ma candidature en assurant au journal Le Monde, avec un peu de suffisance, que "les gens préfèrent les avocats aux magistrats". Par la suite, il s’est ravisé… allant débaucher au tribunal de Paris une vice-procureure, qui a cédé à un besoin irrésistible de soutenir l’UMP. Il s’était donc aperçu qu’un magistrat pouvait apporter quelque chose à un débat municipal… A la bonne heure ! Moi, je savais depuis le début que cette élection n’a rien à voir avec un duel professionnel dérisoire : deux avocates, d’ailleurs, sont sur ma liste. Mais ce n’est pas pour afficher un métier, c’est pour développer une politique d’accès au droit beaucoup plus consistante à Pontoise.
L'ECHO-RÉGIONAL : - Soyons plus précis : êtes-vous des magistrats qui reprochent à Philippe Houillon son engagement comme rapporteur de la commission "Outreau" ?
Non. Cette commission était nécessaire. Ce que je reproche à Philippe Houillon, c’est d’avoir utilisé Outreau pour tenter de devenir le porte-parole de la démagogie anti-juges dans les médias. D'avoir, à partir de défaillances individuelles, tiré des conclusions générales. Il m’est arrivé de devoir requérir contre des avocats qui avaient fraudé le fisc, ou des médecins qui avaient commis de graves fautes professionnelles, des policiers qui avaient dérapé dans leurs fonctions… Je n’en n’ai pas tiré la conclusion que tous les avocats étaient fraudeurs en puissance, tous les médecins des incapables et tous les policiers de mauvais professionnels ! La Justice française est l’une des plus pauvres en Europe. Or monsieur Houillon soutient la droite qui gouverne depuis 2002, par conséquent largement responsable de cet état de fait. Qu’a-t-il fait, comme député de la majorité UMP, pour porter à un niveau acceptable les effectifs du tribunal de Pontoise, des éducateurs et de la police ?
L'ECHO-RÉGIONAL : - Le manque d'ambition et de vision de l'avenir sont-ils les seuls reproches que vous adressez à l'équipe Houillon ?
L’équipe sortante ne voit pas que Pontoise est en danger d’émiettement, de morcellement en quartiers séparés. Si rien n’est fait, la ville disparaîtra dans un magma urbain où plus personne ne saura où il habite exactement. Dans mon porte-à-porte aux Larris, j’ai rencontré des personnes persuadées qu’elles habitaient Cergy… Il faut dire que les services de la poste leur infligent un code postal qui est celui de Cergy, ce qui ne manque pas de créer de la confusion, et des complications administratives pour les habitants...
L'ECHO-RÉGIONAL : - Jean-François Dupaquier, candidat du Modem à la cantonale et colistier de Benoît Dumontet, évoque à propos du "tandem" Houillon Seimbille "aveuglement, le conservatisme, l'immobilisme". Vous partagez cette analyse ?
Pas faux, mais un peu général. Je préfère ce qu’en dit Jean François Levêque, l’un de mes colistiers, par ailleurs candidat du parti socialiste aux cantonales, et qui reproche au maire sortant, de façon plus concrète, de n’avoir pas impulsé une politique éducative cohérente, s’adressant à tous les élèves et à tous les parents, quel que soit leur quartier ou leur situation sociale. Cet ancien directeur de l’école de Marcouville est bien placé pour mesurer à quel point le volontarisme éducatif et social ont manqué durant le mandat précédent.
L'ECHO-RÉGIONAL : - On a tendance à demander beaucoup au maire. Mais en a-t-il les moyens ?
Vers le maire convergent toutes sortes de demandes. Il ne peut toutes les satisfaire, d’autant que l’Etat assèche les collectivités locales en ne transférant pas les ressources qui devraient aller avec des compétence nouvelles. Mais nombreux sont les points sur lesquels il peut agir, ou inciter les autres à agir : les écoles, l’écologie, la sécurité de proximité, l’aménagement urbain, la démocratie locale. Par exemple, sur la configuration du nouveau quartier Bossut, futur grand quartier de Pontoise, la municipalité possède encore de nombreux leviers pour peser. Je souhaite que ce dossier, qui n’est pas achevé, soit rendu accessible à tous les Pontoisiens, par le biais d’un forum d’urbanisme citoyen.
L'ECHO-RÉGIONAL : - Globalement, jugez-vous que la campagne électorale à Pontoise est digne, et conforme aux valeurs républicaines que vous invoquez ?
Je suis frappé par l’intolérance dont fait preuve la droite sarkozyste. Dès septembre, nos affiches étaient arrachées de façon systématique. Maintenant, c’est le tour de celles de Benoît Dumontet. Il y a eu aussi des pressions exercées sur les membres de listes concurrentes à celle de l’UMP. En janvier, un tract "caniveau" consacré à des attaques personnelles contre moi. Il y a la façade, et puis il y a la réalité : un militant UMP qui dénigre tout contradicteur, qui confond débat municipal et combat de boxe, mais avec une préférence marquée pour les coups légèrement en dessous de la ceinture. Il n’a ainsi pas hésité à me mettre en cause sur le plan professionnel. Tout se passe comme si monsieur Houillon avait voulu nettoyer "au Kärcher" ses opposants. Etre une sorte de candidat unique et obligatoire. Le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est raté. Le dernier mot sera aux Pontoisiens, qui ont le choix entre la "muséification" et le verrouillage de leur ville, et un changement concerté, qui la réunifie et la fasse entrer dans la modernité. Entre un maire diviseur, et un maire fédérateur. Entre le mépris et le respect pour tous.